Conflits, enjeux de pouvoir & sécurité émotionnelle

Les conflits, les enjeux de pouvoir, la sécurité émotionnelle:  ressources complémentaires pour aborder ces questions au sein du monde permacole.

Projet mené en coopération avec l’association Brin de paille
 

Les conflits font partie de la vie, ils deviennent dangereux quand on s’en éloigne, quand on ne veut pas les voir… C’est quelque chose que nous pouvons toutes et tous observer. C’est pourquoi il est essentiel dans tout projet d’anticiper qu’ils vont arriver, être prêt à les accueillir et les transformer. L’association Brin de Paille et l’UPP constatent qu’au delà des belles intentions et des croyances du monde permacole, la question est aujourd’hui particulièrement d’actualité.

Ce constat a conduit nos deux associations à s’associer pour sensibiliser le monde permacole sur le sujet et proposer des approches méthodologiques, des outils concrets à mettre entre place pour anticiper, accueillir et transformer les conflits. Bien souvent, faire collectivement un premier pas dans ce sens est déjà beaucoup et c’est ensuite à chaque groupe de décider la manière dont il souhaite poursuivre, les moyens qu’il est prêt à y dédier …

La brochure (téléchargeable ici) donne des premiers éléments dans ce sens que cette page, qui a vocation à progressivement s’étoffer, vient compléter. Un objectif à moyen terme est de permettre au monde permacole de devenir autonome et résilient sur le sujet avec un réseau d’entraide spécifique aux conflits. Ce réseau pourrait ensuite être utile au delà du seul monde permacole …

Ces ressources complémentaires sont organisées en trois parties :

1) Poser de bonnes bases dans votre collectif pour anticiper, accueillir et répondre de manière adaptée à des situations conflictuelles

La première question à se poser est de définir clairement une “communauté” au sein de laquelle nous décidons de prendre soin de nous dans la prévention et la transformation des conflits douloureux sous toutes leurs formes. Il ne s’agit pas de personnes avec lesquelles nous nous identifions mais de personnes avec lesquelles nous partageons des ressources (matérielles et affectives), nous sommes durablement en relation et avec lesquelles nous partageons des risques.

Il s’agit ensuite d’identifier et intégrer les sources de pouvoir existant au sein de la communauté … Le pouvoir d’agir n’est en aucun cas une “mauvaise chose”, il est par contre important que la communauté ait collectivement de la clarté sur le sujet et que ce pouvoir ne conduise pas (consciemment ou inconsciemment) à des déséquilibres douloureux pour certaines personnes. La roue des privilèges ici adaptée pour un collectif en permaculture pourra vous aider dans ce travail d’identification des personnes détentrices du pouvoir :

– Détenteur du capital associé aux lieux (foncier, associatif, entreprise) / usufruit du capital / exclu du capital
– Homme / femme / non binaire
– Ancienneté, connaissance, expérience acquise (notamment âge et compétences valorisées en perma), charisme, séduction / admirateur-ice de ces qualités / débutant(e)
– Statut stable + notoriété / Statut stable (proprio, permanent, salarié cdi,…) / statut précaire (woofer, service civique, stagiaire, apprenti,…)
– Caucasien / autres ethnies / ethnies politiquement humiliées
– Lien(s) affinitaire(s) avec d’autres membres (amis, couple, famille,…) / pas de liens particuliers
– Comportement adapté aux attentes du groupe ou “bonnes manières” (accent, langage, ton, émotion, réactions,…), aux croyances du groupe et aux exigences du groupe / comportements sociaux qui dénotent
– Initiateur, concepteur, leader / suiveur / autonome / souffre-douleur
– Niveau de confort important / niveau de confort moyen / niveau de confort faible / insalubrité
– Temps libre et activités claires et choisies / activités imposées, temps libre soumis à conditions et / ou subi
– Bonne santé / santé fragile, handicap, vitalité faible

Il s’agira ensuite de s’assurer que les personnes qui détiennent aujourd’hui le pouvoir dans la communauté sont en accord sur la décision de poser de bonnes bases pour prendre soin des acteurs du collectif. Si des désaccords importants apparaissent à ce niveau, ils auront besoin d’être adressés sans jouer à l’autruche (cf partie suivante).

Poser ces bonnes bases est ensuite une forme de design qui commence ici par observer ce qui fonctionne bien pour les acteurs de la communauté dans la résolution des conflits et ce qui ne fonctionne pas ou moins bien. Il s’agit ensuite de partager et formaliser un rêve d’abord individuel puis collectif sur la manière dont les acteurs de la communauté souhaiteraient accueillir et transformer les conflits.

La communauté poursuivra ensuite le design en définissant par exemple les approches qu’elle souhaite mettre en œuvre, les ressources tant humaines que matérielles qu’elle souhaite dédier à ce sujet…(sans oublier d’intégrer plutôt que de séparer). L’expérience montre que quand un conflit apparait, les bonnes intentions ne suffisent souvent pas et que le collectif doit avoir très concrètement préparé quoi faire en fonction du contexte, éventuellement défini les personnes à contacter … Il est également important que les “bonnes bases” permettent à chaque membre de la communauté de faire appel à une pratique adaptée si il ou elle le juge utile.  

Pour cette étape, il est appréciable d’avoir l’aide d’une personne extérieure au collectif afin d’aborder des questions comme celle du pouvoir au sein de la communauté pour lesquelles il est difficile d’être “neutre” en tant que partie prenante.

Certaines de ces “bonnes bases” pourront nécessiter une traduction juridique, voir par exemple à ce sujet l’article de Joris Danthon en pages 21-27 du Mycélium de mai 2019.

2) Faire face à un conflit dont le collectif n’arrive pas à sortir et repartir dans la mesure du possible du bon pied avec des relations plus authentiques entre les acteurs.

 

La restauration des relations suite à un conflit passe par trois étapes :

1) Une reconnexion fondée sur l’empathie où les acteurs du conflit partagent ce qu’ils vivent et se retrouvent dans une même humanité.

2) L’identification des causes du conflit où chacun prend sa part de responsabilité, sans quoi les mêmes causes conduiront probablement aux mêmes effets, ou à d’autres formes de conflits.

3) La construction d’un plan d’actions permettant de remédier dans la mesure du possible aux causes du conflit et de retrouver un nouvel équilibre où chacun a sa place. L’intelligence collective a ici toute sa place pour trouver ce nouvel équilibre en intégrant les différentes dimensions personnelles, interpersonnelles, systémiques …

Il existe plusieurs approches, par exemple les cercles restauratifs, pour restaurer ainsi les relations en intégrant plus ou moins largement les parties prenantes du conflit. En tant que simple témoin d’un conflit, je peux ou non être touché par ce qui se passe et prendre ou non une part de responsabilité (par exemple de ne pas m’être senti concerné et de n’avoir rien fait).

D’autres approches sont d’abord centrées sur la recherche d’une solution acceptable par l’ensemble des parties prenantes. Ces approches, par exemple sous la forme de médiation, peuvent être plus facile à mettre en œuvre sans toutefois pleinement restaurer la relation. Cela peut par exemple consister en cas de désaccord à “couper la poire en deux”. Cela peut permettre au collectif de continuer à avancer avec le risque que les relations restent dégradées et que les causes du conflit ne soient pas adressées, entrainant de nouveaux conflits …

Certains conflits peuvent aussi faire apparaitre que pour différentes raisons certains projets ne sont pas viables et il convient évidemment aussi de l’accueillir ; tout en prenant dans la mesure du possible soin de l’ensemble des membres du collectif.

Un conflit important dans un collectif peut conduire à questionner les relations qui existent entre ses membres. Percevons nous que nos bien-êtres individuels et collectifs sont liés en tant que membres d’une même communauté ou coopérons-nous sur un projet sans autre lien qu’un intérêt plus ou moins “ponctuel” à coopérer. A bien des égards, un conflit est une opportunité pour apporter de la clarté sur les relations au sein d’un collectif et les rendre plus authentiques.

3) Trouver de l’aide à titre individuel dans une situation de souffrance en lien avec le fonctionnement du collectif

(par exemple : congé maladie, dépression, forte perte de confiance en soi,,…)

Nous proposons une liste (bien évidemment non exhaustive) d’organisations spécialisées dans l’écoute de personnes en souffrance. Attention cette étape ne doit pas être un prétexte pour que le groupe évince une personne pour éviter de régler le conflit (bouc émissaire). Comme mentionné plus haut, il est utile d’identifier les causes du conflit et que chacun puisse prendre sa part de responsabilité.

L’association France-victimes (victimes@france-victime.fr ou tel:116006) propose un répertoire de 130 associations d’aide aux victimes dans toute la France.

L’association Souffrance et travail propose un annuaire de personnes ressources

Il est également possible de porter plainte et certains actes relèvent du droit pénal, c’est à dire du rapport entre la société et la personne. Dans ce cas, le ministère public a comme mission de punir les infractions, que la victime décide de porter plainte ou non. Attention dans ce dernier cas, tout acte doit faire l’objet d’un signalement.

 

Si vous souhaitez contribuer à enrichir cette page ou plus largement contribuer à ce projet mené conjointement par Brin de Paille et l’UPP, n’hésitez pas à nous contacter* à :

perma.conflits@gmail.com

Vous pouvez également télécharger le dépliant.

* Attention, l’objet de cette adresse n’est pas de répondre à d’éventuels signalements de conflits dans des projets permacoles ou de personnes en situation de souffrance.